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EMMA BOVARY

 

 

Emma Bovary
d'après Gustave Flaubert


Au fond de mon âme, cependant, j'attendais un événement. Mais, pour moi, rien n'arrivait, Dieu l'avait voulu ! J'exécrais l'injustice de Dieu. J'enviais les existences tumultueuses, les nuits masquées, les insolents plaisirs avec tous les éperduments que je ne connaissais pas et qu'ils devaient donner.
 
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NOTE D'INTENTION

EMMA BOVARY

Les uns, les autres me demandent une note d'intention, un dossier dans lequel j'expliquerais, analyserais, développerais, commenterais ma démarche artistique, le pourquoi du comment Emma Bovary a vu le jour.
Je n'ai rien à expliquer, à analyser, à développer, à commenter. Je n'ai jamais cherché, voulu, dans mes précédentes créations analyser ou développer quoique ce soit. J'ai toujours eu juste le désir de partager des mots, une langue, la langue d'un auteur que j'aime, qui me fait rire, pleurer, qui me fait me sentir exister, sans souci d'expliquer, d'analyser, de développer, de commenter.
Bien sûr il y a eu des parti pris de mise en scène; ils répondaient à chaque fois au désir de donner le texte à ce que je pense être au plus juste, sans aucune analyse sémantico-politico-socio-psycho- je ne sais quoi.
Bien sûr, les précédentes créations ont eu de longues et détaillées notes d'intention. L'exercice ne m'inquiète pas, je sais faire. Mais il ne m'intéresse pas. À quoi sert-il ?
Les mots à partager, rien d'autre.
Je continue avec Emma Bovary.
On me demandera pourquoi "Emma" et non pas "Madame", pourquoi un micro, pourquoi des guirlandes lumineuses, pourquoi un tapis avec lion et dromadaires, pourquoi Flaubert ?
Parce que.
Chacun saura ou pas, comprendra ou pas, quelle importance. Il y a les mots de Flaubert, et une interprète qui se donnera pour donner ces mots. En toute sincérité comme chaque fois. En toute humilité. Juste l'envie, très grande, de donner ce texte à qui voudra l'entendre. Les mots de Flaubert sont là, ils se suffisent à eux-mêmes.

Sylvie Adjedj-Reiffers. Novembre 2014

 
 
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Crédit photographique : Compagnie Personae
 
REVUE DE PRESSE

 
Toute La Culture / Théâtre 30 avril 2018
Festival Bovary : l’héroïne de Flaubert célébrée à Ry (Normandie)


Les 28 et 29 avril derniers s’est tenue la deuxième édition du Festival Bovary, dans le village même où Flaubert planta l’histoire tragique de son héroïne. Avec au menu – et c’est chose rare – un bon nombre de festivités organisées autour d’un personnage fictif. Rendez-vous incontournable pour les amoureux de la littérature ou les simples curieux.
 
CAMILLE
 
C’est à Ry, petit bourg de Seine-Maritime, que Gustave Flaubert trouva l’inspiration pour son roman devenu classique incontournable de la littérature française et mondiale, Madame Bovary. « On est ici sur les confins de la Normandie, de la Picardie et de l’Ile-de-France, contrée bâtarde où le langage est sans accentuation, comme le paysage sans caractère. […] La rue (la seule), longue d’une portée de fusil et bordée de quelques boutiques, s’arrête court au tournant de la route », écrit-il peu flatteusement. Depuis, Ry s’est quelque peu agrandi et compte près de 750 habitants. Mais il est encore bien facile de s’imaginer les allées et venues ennuyées de celle qui rêvait d’aventures et de romances, lorsque l’on remonte la rue principale et ses belles maisons à colombages, plantées là dans une cuvette entre quelques collines. Fier de son patrimoine littéraire, le village n’hésite pas à le mettre au premier plan : des panneaux explicatifs présentent les bâtiments décrits par Flaubert, l’ancienne pharmacie d’Homais, la boutique de Lheureux, la maison des Bovary, très belle bâtisse recouverte de glycines et aujourd’hui devenue bureau de notaires. C’est en partant de cette même logique de valorisation que l’association le Comité Bovary créa en 2017 le Festival Bovary pour célébrer, le temps d’un week-end, celle qui est aujourd’hui devenue quasi-mythique et continue à passionner ou à exaspérer.

Cette deuxième édition du festival s’est ouverte samedi dernier sur une conférence donnée par Gilles Cléroux de l’Université de Rouen, membre de l’association des Amis de Flaubert et de Maupassant. Pendant près d’une heure et demie il est revenu sur l’expérience et les espérances du jeune Flaubert, avant d’entraîner l’assistance dans la salle voisine pour un cocktail d’ouverture. Ambiance chaleureuse et bon enfant autour d’un verre, où chacun a pu partager ses souvenirs de lecture du roman de Flaubert. Rendez-vous à 9h dimanche matin dans la commune avoisinante du Héron pour une randonnée de 8kms sur les pas de Madame Bovary – idée originale, et extrêmement satisfaisante. Même le temps y a mis du sien : seulement quelques gouttes de pluie pour la soixantaine de randonneurs et de randonneuses qui se sont élancés de bon matin entre les collines boisées et les champs de colza, direction le château du Héron, renommé Château de la Vaubyessard par Flaubert. C’est ici qu’Emma Bovary assiste à un bal organisé par le marquis d’Andervilliers et s’adonne, le temps d’une soirée, aux plaisirs de la haute société à laquelle elle rêve de faire partie. Le château, visité par Flaubert en 1836, n’existe malheureusement plus. Il fut vendu à une société de déconstruction après la guerre pour servir à la reconstruction de Paris. Il ne reste aujourd’hui plus que les dépendances et un vaste champ d’herbe haute traversé par une étroite rivière. Les randonneurs, guidés par le propriétaire des lieux, ont cependant pu poser les pieds sur les anciennes fondations et écouter les mots que Flaubert mis sur l’ancienne bâtisse.

Après ce bol d’air frais, retour à Ry pour un pique-nique collectif et convivial dans une salle de la grande halle – météo normande oblige. Le festival s’est clôturé ensuite par la pièce de théâtre Emma Bovary de la Compagnie Personae . Seule en scène, et dans un décor sobre et poétique, cette Emma Bovary s’empare du « je » et s’adresse directement au public; parti-pris audacieux mais réussi de se débarrasser du narrateur et de la troisième personne pour la faire descendre de son piédestal et la rendre plus accessible. Redevenue simple femme elle fait part de ses joies et désespoirs, de ses illusions et de sa haine, parle au creux de l’oreille à tout un chacun. Le jeu de la comédienne ne tombe jamais dans le pathos, reste franc et direct. Ceux qui s’intéressent un tant soit peu à l’étymologie savent sans doute que le prénom « Emma », très présent dans la littérature européenne, signifie « universel » : la Compagnie Personae a réussi, dimanche après-midi, à rendre celle que beaucoup ne peuvent supporter proche de tous et incroyablement humaine.

On avait quelques doutes, infondés certainement, mais le festival Bovary s’est révélé être un rendez-vous incontournable pour tous les amoureux de Flaubert comme pour ceux qui ne le connaissent qu’à peine : une plongée dans un patrimoine littéraire extrêmement riche, organisée par une bande de passionnés aux sourires chaleureux et à l’accueil irréprochable. On regrettera seulement les devantures closes des commerçants du village le dimanche après-midi, pour clôturer les festivités autour d’un dernier verre. Mais sans aucun doute le festival saura conquérir les cœurs, et s’agrandir au fil des années – pour continuer à célébrer dans la bonne humeur ce monument de la littérature française. (SR)

Visuels : SR
 
 
 
 
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Nouvelle bande-son :
Le groupe Radiohead n'accompagne plus Emma Bovary

 
 
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